Réflexologie plantaire et cancer : accompagnement pendant et après les traitements

Réflexologie plantaire et cancer : accompagnement pendant et après les traitements

En bref : la réflexologie plantaire ne traite pas le cancer et ne remplace aucun traitement. Notre support de cours classe la chimiothérapie lourde ou intensive en cours parmi les contre-indications formelles. En dehors de ces périodes, avec l’accord de l’oncologue, elle peut s’inscrire dans les soins de support que proposent certains établissements : séances courtes et douces, centrées sur la détente, le sommeil et le confort, jamais sur un organe malade.

Le mot cancer arrive en général au téléphone, à voix basse, avec une question qui n’ose pas se poser : « est-ce que je peux quand même venir ? » Ma réponse tient en trois temps. Oui, à certaines conditions. Non, à certains moments. Et toujours après votre oncologue. Cet article n’est pas un protocole, et il ne contient aucune promesse. C’est le cadre que nous enseignons, celui qui protège la personne malade et le réflexologue qui la reçoit.

Ce que dit notre support de cours, et pourquoi

Dès le stage Premiers Pas, la liste des contre-indications est apprise par cœur, et elle contient cette ligne : « chimiothérapie lourde ou intensive en cours ». Elle suit les troubles circulatoires sévères et précède les trois premiers mois de grossesse. Le mot « lourde » compte : toutes les chimiothérapies ne se ressemblent pas, et c’est le médecin qui qualifie la sienne.

Pourquoi cette réserve ? Parce qu’une séance sollicite l’organisme. Le module 2 décrit ce qui peut suivre une stimulation : « en stimulant les fonctions de l’organisme, on soutient l’élimination des toxines et les émonctoires. Cette détoxification peut s’exprimer par des symptômes temporaires comme une transpiration plus importante, des nausées légères, fatigue, ballonnements, diarrhée ». Chez une personne déjà nauséeuse, épuisée, aux défenses immunitaires abaissées par le traitement, ajouter ces réactions n’a aucun sens. Notre support range aussi « la fatigue extrême et la période de convalescence » parmi les précautions. Une chimiothérapie lourde, c’est les deux à la fois.

Qu’est-ce que les soins de support, et qui décide ?

Les soins de support désignent l’ensemble des accompagnements proposés aux personnes malades en plus des traitements du cancer : prise en charge de la douleur, de la fatigue, soutien psychologique, nutrition, activité physique adaptée, et, dans certains établissements, des pratiques complémentaires comme la réflexologie. Ils sont organisés par l’équipe soignante. Le réflexologue qui y intervient le fait dans un cadre défini par l’établissement, pas de son propre chef. Concrètement, cela ressemble à une demi-journée par semaine dans un service, des séances de quinze à vingt minutes au fauteuil ou au lit, une infirmière coordinatrice qui indique qui peut être vu et qui ne le peut pas ce jour-là, et un cahier de transmissions. Le réflexologue n’y choisit pas ses patients ; on les lui confie.

Notre support de cours est mesuré sur ce point, et je tiens à le citer tel quel : « plusieurs études cliniques, réalisées notamment en milieux hospitaliers, ont exploré les bienfaits de la réflexologie plantaire sur la douleur, le stress et l’anxiété, la fatigue et les troubles du sommeil. Ces études, bien qu’encore hétérogènes et de qualité méthodologique variable, ont permis à la réflexologie d’être introduite dans certains établissements de santé en tant que pratique complémentaire ». Hétérogènes, de qualité variable : ce n’est pas une preuve, c’est une porte entrouverte. Les repères officiels sur le parcours de soins sont sur le site de l’Assurance maladie.

Pendant les traitements : quand une séance est envisageable, quand elle ne l’est pas

Tout dépend du traitement, du moment et de l’avis de l’oncologue. Ce tableau résume le cadre que j’applique ; il ne remplace pas la décision médicale, il la précède.

SituationSéance de réflexologieConditions
Chimiothérapie lourde ou intensive en coursContre-indiquéeAucune, selon notre support de cours
Entre deux cures, traitement qualifié de léger par le médecinEnvisageable, courteAccord écrit de l’oncologue, bilan sanguin récent connu de la personne
Chirurgie récenteReportéeAttendre la cicatrisation et l’accord du chirurgien
Radiothérapie en coursEnvisageable, courteAccord médical ; aucun contact sur la zone irradiée
Hormonothérapie, traitement au long coursEnvisageableAccord médical, séance douce
Phlébite, thrombose, fièvre, infectionContre-indiquée ou reportéeRetour au médecin
Après la fin des traitementsEnvisageableAccord médical, protocole doux, progression lente

Le risque de phlébite mérite une ligne à part : il est augmenté par certains cancers et certains traitements, et la phlébite est la première contre-indication de notre liste. Une jambe gonflée, chaude, douloureuse d’un côté, et la séance n’a pas lieu. On appelle le médecin. L’ensemble des contre-indications est détaillé dans notre article sur les dangers de la réflexologie plantaire.

Les précautions concrètes, une fois l’accord obtenu

  • Pression très légère. Les traitements peuvent faire baisser les plaquettes ; la peau marque, les hématomes viennent vite. On effleure, on ne creuse pas.
  • Attention aux pieds engourdis. Certaines chimiothérapies abîment les nerfs des extrémités : fourmillements, perte de sensibilité, parfois douleur au toucher. La personne ne sent plus si l’on appuie trop. On travaille moins fort que ce qu’elle semble tolérer, et l’on signale au médecin tout changement observé.
  • Pas de stimulation lymphatique du côté opéré. Après un curage ganglionnaire ou en cas de lymphœdème, les zones lymphatiques correspondantes ne se travaillent pas sans avis du médecin ou du kinésithérapeute qui suit le drainage. Le fonctionnement de ce réseau est expliqué dans notre article sur le système lymphatique.
  • Hygiène stricte et report à la moindre fièvre. Les défenses sont abaissées ; un praticien enrhumé ne reçoit pas. Plaies, mycoses, ongles abîmés sont évités, comme le prévoit notre support.
  • Vingt à trente minutes. Le protocole de détente en sept manipulations, la colonne en douceur, le diaphragme, les deux points du parasympathique en écoute passive. Rien de plus, et rien sur un organe malade.
  • Un compte rendu. Deux lignes datées, transmises au médecin avec l’accord de la personne : durée, gestes, réactions.

Après les traitements : accompagner le retour au corps

C’est là que la réflexologie a, à mon sens, le plus à offrir. La fin des traitements est souvent un moment étrange : le corps est fatigué, marqué, parfois insensible par endroits, et l’entourage attend que tout redevienne comme avant. Les séances reprennent doucement, avec le même protocole global que pour toute fatigue profonde, décrit dans l’article sur le protocole doux contre la fatigue chronique et le surmenage. Puis, au fil des mois et avec l’accord du médecin, on élargit : sommeil, digestion, tensions du dos.

Je bannis un mot pendant cette période : « détox ». Une personne qui sort d’un traitement n’a pas besoin qu’on lui promette d’éliminer quoi que ce soit. Elle a besoin de retrouver un corps qui lui appartient, un toucher qui n’est pas un geste médical, et un endroit où elle n’est pas « la patiente ». C’est ce que la séance apporte, et c’est déjà considérable.

Le rythme, dans cette phase : une séance tous les quinze jours pendant deux ou trois mois, puis mensuelle. Je demande à la personne de noter deux choses entre les rendez-vous, son sommeil et son niveau de fatigue du matin sur 10. Pas pour prouver quoi que ce soit, mais pour qu’elle voie elle-même ce qui bouge et ce qui ne bouge pas, et pour que je sache quand ralentir. Les pieds engourdis par les traitements retrouvent parfois de la sensibilité au fil des mois ; parfois non. Dans les deux cas, je le note et je l’indique au médecin, qui seul peut interpréter.

Anne, 55 ans, ancienne assistante sociale à Nice : « J’ai reçu ma première consultante après un cancer du sein, avec le courrier de son oncologue et une interdiction de toucher les zones lymphatiques du côté opéré. J’ai fait vingt minutes de détente, à peine plus qu’un effleurage. Elle m’a dit en partant : c’est la première fois depuis un an que quelqu’un touche mon corps sans gants. Je n’ai jamais oublié cette phrase. Elle résume ce que nous faisons, et ce que nous ne faisons pas. »

Témoignage d’une stagiaire Reflexalto

Ce que la réflexologie ne fait jamais face au cancer

  1. Elle ne traite pas la maladie, ne ralentit pas son évolution et ne « renforce pas l’immunité contre le cancer ». Quiconque le prétend sort du cadre de la pratique et met la personne en danger.
  2. Elle ne se substitue à aucun traitement, et le réflexologue ne se prononce jamais sur un protocole médical, une décision de l’oncologue ou un médicament.
  3. Elle ne travaille pas la zone réflexe d’un organe atteint, ni les zones lymphatiques d’un côté opéré sans avis médical.
  4. Elle ne se pratique pas pendant une chimiothérapie lourde, une phlébite, une fièvre ou une infection.

Le module 2 résume la posture attendue : le praticien « ne pose pas de diagnostic et ne donne pas de conseils ou de traitements médicaux ». Face au cancer, cette phrase n’est pas une formalité. C’est la condition pour qu’un oncologue accepte qu’un réflexologue approche son patient.

Comment le réflexologue travaille avec l’équipe médicale

Par écrit, et avec l’accord de la personne. Un courrier de l’oncologue ou du médecin traitant avant la première séance, un compte rendu bref après chacune, une question posée directement au médecin dès qu’un doute existe : jambe gonflée, fièvre, changement de traitement. Dans les établissements qui intègrent la réflexologie aux soins de support, ce cadre existe déjà ; en cabinet, c’est au réflexologue de le construire. Un conseil que je donne aux stagiaires qui s’installent : présentez-vous au médecin traitant de votre consultante, par courrier, en une page, avec ce que vous faites et ce que vous ne faites pas. Les médecins qui répondent sont ceux qui, ensuite, vous adressent des personnes en confiance. Les effets possibles d’une séance, même douce, sont décrits dans notre article sur les effets après une séance de réflexologie ; ils sont expliqués à la personne avant, jamais après.

Ce que vous apprenez de cet accompagnement en formation Reflexalto

Les contre-indications, chimiothérapie lourde comprise, s’apprennent le premier jour du stage Premiers Pas. Le niveau 2 enseigne la posture du praticien, les effets après séance et le système lymphatique, dont les précautions après curage. Le niveau 3 apporte le système nerveux et les points du parasympathique, socle de la séance douce. Le niveau 4 pose la déontologie et les relations avec les professionnels de santé. Et surtout, en binôme, vous apprenez à toucher un pied sans presque appuyer, ce qui est bien plus difficile qu’il n’y paraît. Cette pédagogie, en groupes de 10 avec des formateurs qui exercent en cabinet, fait notre école de réflexologie.

Le stage Premiers Pas dure deux jours et coûte 320 €. Le cursus complet, quatre niveaux et 100 heures de mise en situation professionnelle, revient à 3 620 €, supports et certification inclus, hors CPF, en plusieurs fois si besoin.

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