L’entretien de début de séance en réflexologie : l’anamnèse et les questions qui orientent tout le travail
En bref : l’anamnèse en réflexologie est l’entretien de 5 à 15 minutes qui ouvre la séance. Le praticien y recueille le motif, les ressentis et le contexte de vie de la personne, vérifie les contre-indications et cherche des repères concrets et quantifiables : fréquence, moment, intensité, durée d’un inconfort. Il pose des questions fonctionnelles, jamais médicales, ne demande aucun diagnostic et choisit ensuite les zones réflexes à travailler. C’est l’étape que les débutants bâclent et que les praticiens installés soignent le plus.
Si je devais ne garder qu’un quart d’heure de formation pour mes stagiaires de niveau 4, ce serait celui de l’entretien. Pas le plus spectaculaire. Mais celui qui décide de tout ce qui suit : quelles zones je vais travailler, avec quelle pression, et surtout comment je saurai, à la fin, si la séance a servi à quelque chose. Le déroulé complet d’une séance est décrit ailleurs sur ce site ; ici, je fais un zoom sur ces premières minutes, avec les questions exactes que j’utilise en cabinet.
Qu’est-ce que l’anamnèse en réflexologie ?
Le mot vient de la médecine, où il désigne le recueil des antécédents d’un patient. En réflexologie, il désigne quelque chose de plus modeste et de plus précis à la fois : l’entretien par lequel le praticien comprend ce qui amène la personne, ce qu’elle ressent, et ce qu’elle attend. Le module 1 de la formation Reflexalto le cadre en une phrase : le praticien recueille la demande du consultant à partir des éléments exprimés par ce dernier, symptômes, ressentis, contexte de vie, tout en restant dans son champ de compétence. Il ne pose pas de diagnostic et ne donne pas de conseils ou de traitements médicaux.
La différence avec l’anamnèse médicale est donc nette. Le médecin cherche une cause et une maladie. Le réflexologue cherche une manifestation et un repère. Il ne demande pas « qu’avez-vous ? » mais « comment cela se manifeste-t-il, quand, et qu’est-ce que cela vous empêche de faire ? ». Ce déplacement, subtil en apparence, protège la personne et le praticien.
Quelles questions poser en début de séance ?
Le module 4 de la formation Reflexalto liste les questions que le réflexologue pourra poser. Je les reprends telles quelles, parce qu’elles sont le résultat d’années de pratique et qu’elles marchent.
- Comment l’inconfort s’exprime-t-il au quotidien ? Localisation précise, intensité de la gêne, apparition le jour, la nuit, au réveil, dans le mouvement ou au repos.
- S’agit-il d’une douleur ou d’un inconfort diffus ou localisé ? Sensation de point, de barre, de brûlure, douleur lancinante, sensation de coup.
- Que ne permet plus de faire cet inconfort, cette gêne ou cette douleur au quotidien ?
- Depuis combien de temps est-il présent ?
- Son évolution est-elle progressive, stable ou fluctuante ?
À ces cinq questions, j’en ajoute deux qui ouvrent l’entretien : « Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui ? » et « Qu’attendez-vous de cette séance ? ». La première laisse la personne choisir par où commencer. La seconde évite les malentendus : quelqu’un qui vient « pour se détendre » et quelqu’un qui vient « pour ses réveils nocturnes » n’auront pas la même séance, ni la même façon d’en mesurer l’effet.
Pourquoi chercher des repères quantifiables ?
Parce que sans repère, on ne sait rien. Notre support de cours le formule ainsi : au-delà du motif principal, le praticien cherche à recueillir des repères concrets et quantifiables permettant d’observer une évolution entre le début et la fin de séance. Un « je dors mal » ne se mesure pas. « Je me réveille trois fois par nuit, vers 3 heures, depuis deux mois » se mesure, et se compare à la séance suivante.
| Motif exprimé | Question qui précise | Repère noté sur la fiche |
|---|---|---|
| « Je suis tendu » | À quel moment de la journée ? Où dans le corps ? | Tensions nuque et épaules, tous les soirs après le travail, intensité 6 sur 10 |
| « Je dors mal » | Combien de réveils, à quelle heure, depuis quand ? | Réveils 2 à 3 fois par nuit vers 3 h, depuis 2 mois, endormissement facile |
| « J’ai le ventre lourd » | Tout de suite après le repas ou quelques heures après ? Chaque repas ou seulement le soir ? | Ballonnements 1 h après le dîner, 4 à 5 soirs par semaine, jamais le midi |
| « J’ai mal au dos » | Quel geste est devenu difficile ? Que faisiez-vous avant qui demande plus d’effort ? | Difficulté à se pencher pour lacer ses chaussures, depuis 3 semaines, gêne stable |
| « Je suis épuisé » | À quel moment de la journée ? Après quoi ? | Coup de fatigue vers 15 h, récupération lente le week-end, depuis la rentrée |
Le support de cours donne exactement ces exemples : les tensions apparaissent tous les soirs après le travail, les réveils nocturnes surviennent plusieurs fois par semaine et à quelle heure, les inconforts digestifs s’expriment tout de suite après le repas ou quelques heures après, systématiquement ou seulement le soir. Ces informations orientent le travail réflexologique et apportent une lecture fonctionnelle de la situation. Elles servent aussi, à la séance suivante, à poser une seule question : « et cette semaine, combien de réveils ? »
Quelles questions ne pas poser ?
Celles qui appartiennent au médecin. Notre support de cours est clair : le réflexologue n’est ni médecin ni soignant, et il sera plus approprié de s’intéresser aux symptômes, ressentis et manifestations évoqués par le consultant qu’aux diagnostics médicaux ou examens qu’il souhaiterait partager. Concrètement, je ne demande pas les résultats d’une prise de sang, je ne fais pas commenter une radio, je ne demande pas « qu’a dit votre médecin ? » comme si j’allais valider ou contredire.
Cela ne veut pas dire que je refuse d’entendre. Si une personne me dit qu’elle est suivie pour une hypertension ou un diabète, je le note, parce que cela compte pour adapter la séance et parce que cela confirme qu’un suivi médical existe. Mais je ne creuse pas, et je ne commente jamais. La frontière est traitée en détail dans notre article sur la déontologie du réflexologue.
Comment vérifier les contre-indications sans jouer au médecin ?
Par quatre questions fermées, posées à chaque première séance et reposées si la situation de la personne change. Elles reprennent les contre-indications de notre support de cours.
- Avez-vous eu récemment une phlébite, une thrombose, un accident vasculaire ou cardiaque ?
- Suivez-vous en ce moment un traitement lourd, comme une chimiothérapie ?
- Êtes-vous enceinte, et si oui, de combien de mois ? La séance est reportée pendant les trois premiers mois.
- Avez-vous de la fièvre, une infection en cours, une plaie ou une mycose aux pieds ?
Une réponse positive ne demande aucune interprétation de ma part : je reporte, je refuse, ou j’adapte, selon ce que le support de cours prévoit. J’ajoute une question sur la fatigue extrême, la convalescence et les troubles psychiatriques sévères, qui appellent une attention particulière et une pression plus légère. Tout cela tient en deux minutes, et évite l’essentiel des situations à risque décrites dans notre article sur les dangers de la réflexologie plantaire.
Comment se déroule l’entretien de la première séance ?
Voici le déroulé que j’enseigne et que je pratique, en quinze minutes au plus. Il commence avant la table, sur une chaise, face à face.
- Minute 0 à 2 : accueil, présentation de ce qu’est la réflexologie et de ce qu’elle n’est pas. Une phrase suffit : « J’accompagne la détente et l’équilibre du corps, je ne remplace pas votre médecin. »
- Minute 2 à 5 : le motif, avec la question ouverte « qu’est-ce qui vous amène ? ». Je laisse parler sans interrompre.
- Minute 5 à 10 : les cinq questions de précision, une par une, et la recherche du repère chiffré.
- Minute 10 à 12 : les contre-indications, sous forme de questions fermées.
- Minute 12 à 15 : le contexte de vie, rythme, sommeil, activité physique, et l’attente vis-à-vis de la séance. Puis je résume à voix haute ce que j’ai compris, et je demande si c’est juste.
Ce résumé final est le moment que les débutants oublient. Il permet à la personne de corriger, et il me permet de vérifier que j’ai bien un repère à comparer en fin de séance. Ensuite seulement, je propose de s’installer.
Et lors des séances suivantes ?
L’entretien raccourcit, trois à cinq minutes, mais il ne disparaît jamais. Je reprends la fiche, je relis le repère, et je pose la question de l’évolution : combien de réveils cette semaine, la gêne en se penchant est-elle la même, à quelle heure le coup de fatigue. Je demande aussi ce qui s’est passé dans les 24 à 48 heures suivant la séance précédente, parce que le module 2 nous apprend que des effets temporaires peuvent survenir, fatigue, transpiration, sommeil profond, émotivité, et qu’il faut les entendre.
Notre support de cours ajoute une nuance que je répète à chaque promotion : un trouble récent pourra parfois montrer une évolution rapide, tandis qu’un inconfort ancien pourra nécessiter un accompagnement sur plusieurs séances ; des changements ou une amélioration du ressenti peuvent toutefois souvent être observés dès la première séance. L’entretien de suivi sert à constater cela honnêtement, sans surinterpréter ni promettre. Et si un repère se dégrade au lieu de s’améliorer, il sert à renvoyer vers le médecin.
Que fait-on des réponses ?
Deux choses. D’abord, elles vont sur la fiche : motif, repères chiffrés, contre-indications, contexte, attente. Une demi-page, pas un roman. Ensuite, elles orientent le choix des zones réflexes. Une personne qui décrit des tensions de nuque tous les soirs m’amène vers la colonne cervicale, les trapèzes et le diaphragme ; des ballonnements une heure après le dîner, vers le diaphragme, l’estomac et le côlon ; des réveils nocturnes toujours à la même heure, vers le système nerveux et, au niveau 4, vers la lecture énergétique de l’horloge des organes.
Ce que les réponses ne font jamais, c’est me faire conclure sur un organe malade. Une zone réactive sous le pouce et un repère fonctionnel dans l’entretien se rejoignent parfois, et c’est intéressant. Ce n’est pas un diagnostic, et je le dis à la personne si elle me le demande.
Isabelle, 49 ans, ancienne comptable à Lyon, raconte : « À mes premières séances, je passais deux minutes sur l’entretien et j’attaquais les pieds. Ma formatrice m’a fait refaire l’exercice en binôme jusqu’à ce que je reparte avec un chiffre. Aujourd’hui, mes consultants me disent que personne ne leur avait jamais demandé à quelle heure ils se réveillaient. C’est là que la confiance commence. »
Témoignage d’une stagiaire Reflexalto
Comment s’entraîner à l’entretien pendant la formation ?
Par la répétition, en binôme, avec un retour immédiat. Dans notre cursus, chaque journée de cours commence par les retours de pratique des stagiaires, et les études de cas collectives des niveaux 2 et 3 mettent les groupes de 10 face à des situations réelles : que demandez-vous à cette personne, quel repère notez-vous, quelles zones choisissez-vous. Au niveau 4, l’entretien est intégré à la mise en situation d’une séance complète, celle que vous reproduirez le jour de l’examen devant un examinateur.
Les 100 heures de mise en situation professionnelle servent aussi à cela : cent occasions de poser les mêmes questions à des personnes différentes, jusqu’à ce qu’elles deviennent naturelles. C’est le fil de la formation certifiante Reflexalto, du premier accueil aux Premiers Pas jusqu’à l’installation en cabinet. Si vous voulez voir comment nous posons ce cadre dès le premier jour, le stage de deux jours est ouvert à tous.
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FAQ
Combien de temps dure l’anamnèse en réflexologie ?
Entre 5 et 15 minutes lors de la première séance, puis 3 à 5 minutes aux séances suivantes. Elle se déroule assis, face à face, avant l’installation sur la table, et se termine par un résumé à voix haute de ce que le praticien a compris.
Quelles sont les questions de base de l’entretien en réflexologie ?
Comment l’inconfort s’exprime-t-il au quotidien, est-il diffus ou localisé, que ne permet-il plus de faire, depuis combien de temps est-il présent, et son évolution est-elle progressive, stable ou fluctuante. Ces cinq questions sont celles du support de cours Reflexalto, complétées par le motif et l’attente de la personne.
Qu’est-ce qu’un repère quantifiable en réflexologie ?
Une donnée concrète et comparable d’une séance à l’autre : nombre de réveils par nuit et leur heure, fréquence des ballonnements et leur délai après le repas, intensité d’une tension sur 10, geste devenu difficile. Il permet d’observer une évolution sans interprétation médicale.
Le réflexologue demande-t-il les résultats d’examens médicaux ?
Non. Il s’intéresse aux symptômes, ressentis et manifestations décrits par la personne, pas aux diagnostics ni aux examens. Il note l’existence d’un suivi médical ou d’un traitement quand la personne l’évoque, sans le commenter ni le creuser.
Comment le réflexologue vérifie-t-il les contre-indications ?
Par des questions fermées à chaque première séance : phlébite, thrombose, accident vasculaire ou cardiaque récents, chimiothérapie lourde en cours, grossesse de moins de trois mois, fièvre, infection, plaie ou mycose. Une réponse positive entraîne un report, un refus ou une adaptation, sans interprétation.
L’entretien est-il refait à chaque séance ?
Oui, en version courte. Le praticien relit la fiche, reprend le repère chiffré, demande son évolution et ce qui s’est passé dans les 24 à 48 heures après la séance précédente. Si un repère se dégrade, il renvoie vers le médecin.
Que note le réflexologue sur sa fiche ?
Le motif, les repères chiffrés, les contre-indications, le contexte de vie utile à la séance, l’attente de la personne, puis les zones réactives observées et les zones travaillées. Une demi-page conservée à l’abri, accessible à la personne sur demande.
Comment apprend-on l’anamnèse chez Reflexalto ?
En binôme, dès le niveau 1, puis lors des études de cas collectives des niveaux 2 et 3 et de la mise en situation complète du niveau 4. Les 100 heures de pratique encadrée permettent de répéter l’entretien jusqu’à ce qu’il devienne naturel ; il fait partie de l’examen final.